Apparition du 13 octobre 1917

SAMEDI 13 OCTOBRE 1917 

« Je suis Notre-Dame du Rosaire »

 

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Un chauffeur prit Jacinthe dans ses bras.

 

« Le 13 octobre, raconte le père de Jacinthe et François, après beaucoup d'efforts, et après avoir été arrêtés souvent en chemin, nous parvînmes enfin à la Cova da Iria.

 

« La foule était si serrée qu'on ne pouvait la traverser. Alors, un chauffeur prit dans ses bras ma Jacinthe et, à force de bourrades, s'ouvrit un passage jusqu'aux poteaux où pendaient les lanternes, en criant :

 

– Laissez passer les petits qui ont vu Notre-Dame !

 

« Je me mis à leur suite. Jacinthe, en me voyant au milieu de tant de gens, se mit à crier, effrayée :

 

– N'étouffez pas mon Papa ! N'étouffez pas mon Papa !

 

« L'homme qui portait Jacinthe la mit enfin à terre, près du chêne-vert. Mais là aussi, la foule était dense, et la petite pleurait. Alors Lucie et François la mirent entre eux.

 

« Mon Olimpia était par là, d'un autre côté, je ne sais où. Mais ma commère Maria Rosa réussit à se mettre tout près de nous. Poussé par la foule, je me trouvai un peu écarté à un certain moment, et je remarquai un homme de mauvaise mine, qui appuya un bâton sur mon épaule. Je pensai en moi-même :

 

– Cela pourrait être le commencement du désordre !

 

« La foule faisait des remous, d'un côté et de l'autre. Mais au moment de l'Apparition, tout le monde se tut et resta tranquille. »

 

Cova-da-Iria 13-octobre-1917

Aperçu sur la Cova da Iria durant la matinée du 13 octobre 1917. Soixante-dix mille personnes seront témoins du grand miracle.

 

Quant à Antonio, qui avait réussi à faire passer sa femme à travers la foule, il se trouva éloigné de Lucie par ces mêmes remous, et sa fille ne le revit plus jusqu'à ce qu'elle le retrouve le soir, au sein de la famille.

 

Il était à peu près 1 heure de l'après-midi, heure légale, et il continuait à pleuvoir.

 

« Nous étions parvenus à la Cova da Iria, près du chêne-vert, raconte Lucie, quand je me sentis poussée par un mouvement intérieur, et demandai à la foule de fermer les parapluies pour réciter le chapelet. »

 

Du haut de la route, abrités dans leurs voitures, tous ceux qui n'avaient pas eu le courage de s'aventurer dans le bourbier argileux de la Cova assistèrent alors à un spectacle stupéfiant :

 

« À un moment donné, nota l'un d'eux, cette masse confuse et compacte fenna les parapluies, se découvrant ainsi dans un geste qui devait être d'humilité ou de respect, mais qui me laissa surpris et plein d'admiration, car la pluie, avec obstination, mouillait toujours les têtes, détrempait et inondait tout. »

 

Cependant, quelques minutes avant le miracle, il cessa de pleuvoir. Le soleil perça victorieusement l'épaisse couche de nuages qui le cachait jusque-là, et brilla intensément.

 

À l'heure des montres, il était presque 13 h 30, c'est-à-dire environ midi à l'heure solaire. En effet, pour adopter l'heure des belligérants, le gouvernement portugais avait alors imposé au pays une heure légale qui avançait de quatre-vingt-dix minutes sur l'heure solaire.

 

Tout à coup, les trois enfants virent l'éclair, et Lucie s'écria :

 

« Silence ! Silence ! Notre-Dame va venir ! Notre-Dame va venir ! »

 

Maria Rosa, qui avait réussi à rester là, toute proche, n'oublia pas de donner à son enfant un conseil maternel :

 

« Regarde bien, ma fille. Prends garde de ne pas te tromper ! »

 

Mais Notre-Dame apparaissait déjà au-dessus du chêne-vert, posant ses pieds sur les rubans de soie et les fleurs, pieusement disposés la veille par la fidèle Maria Carreira.

 

Alors, le visage de Lucie devint de plus en plus beau et prit une teinte rose ; ses lèvres s'amincirent. Jacinthe, dans un geste de sainte impatience, donna un coup de coude à sa cousine et lui dit :

 

« Parle, Lucie, Notre-Dame est déjà là ! »

 

Lucie revint à elle-même, respira deux fois profondément, comme quelqu'un qui n'avait plus le souffle, et commença son entretien, d'une politesse toujours aussi exquise, avec Notre-Dame.

 

 

Fatima-Apparition-13-octobre-1917« Que veut de moi Votre Grâce ?

 

– Je veux te dire que l'on fasse ici une chapelle en mon honneur. Je suis Notre-Dame du Rosaire. Que l'on continue toujours à réciter le chapelet tous les jours. La guerre va finir et les militaires rentreront bientôt chez eux.

 

– J'avais beaucoup de choses à vous demander : de guérir quelques malades et de convertir quelques pécheurs, etc.

 

– Les uns oui, les autres non. Il faut qu'ils se corrigent, qu'ils demandent pardon pour leurs péchés.

 

Et, prenant un air plus triste :

 

– Que l'on n'offense pas davantage Dieu, Notre-Seigneur, car Il est déjà trop offensé !

 

– Vous ne voulez rien de plus de moi ?

 

– Non, je ne veux rien de plus de toi.

 

– Alors, moi, je ne demande rien non plus. "

 

Comme le 13 septembre, pendant que Notre-Dame s'entretenait avec Lucie, la foule put voir par trois fois se former autour du chêne-vert la même nuée qui s'élevait ensuite dans l'air avant de se dissiper.

 

Un autre signe se renouvela pour la seconde fois, lorsque Notre-Dame remonta dans le ciel, au moment où Lucie s'écria :

 

« Elle s'en va ! Elle s'en va ! »

 

« À cet instant, rapporte Maria dos Anjos, ma mère sentit le même parfum que celui du 19 août ! »

 

Puis Lucie cria :

 

« Regardez le soleil ! »

 

« Ouvrant alors les mains, raconte Lucie, Notre-Dame les fit se réfléchir sur le soleil et, pendant qu'Elle s'élevait, le reflet de sa propre lumière continuait à se projeter sur le soleil. »

 

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Quelques pèlerins durant la danse du soleil.

 

« Ce fut alors que l'on put regarder parfaitement le soleil, rapporte le père de Jacinthe et de François, sans en être incommodé. On aurait dit qu'il s'éteignait et se rallumait, tantôt d'une manière, tantôt d'une autre. Il lançait des faisceaux de lumière, de-ci, de-là, et peignait tout de différentes couleurs : les arbres, les gens, le sol, l'air. Mais la grande preuve du miracle était que le soleil ne faisait pas mal aux yeux. »

 

Nul n'aurait pu imaginer ce qui survint alors : le soleil eut quelques secousses puis se mit à tourner sur lui-même.

 

« Tout le monde demeurait immobile. Tout le monde se taisait... Tous regardaient le ciel. À un certain moment, le soleil s'arrêta, et puis recommença à danser, à tournoyer ; il s'arrêta encore une fois, et se remit encore une fois à danser, jusqu'au moment, enfin, où il parut se détacher du ciel et s'avancer sur nous. Ce fut un instant terrible ! »

 

Maria Carreira décrit dans les mêmes termes la stupéfiante chute du soleil :

 

« Il produisait différentes couleurs : jaune, bleu, blanc ; et il tremblait, tremblait tellement ! il semblait une roue de feu qui allait tomber sur la foule. On criait : “ Ô Jésus ! nous allons tous mourir ! ” “ Ô Jésus ! nous mourons tous ! ” D'autres s'écriaient : “ Notre-Dame, au secours ! ” Et ils récitaient l'acte de contrition. Il y avait même une dame qui faisait sa confession générale, et disait à haute voix : “ J'ai fait ceci, j'ai fait cela... et cela encore ! ”

 

« Finalement, le soleil s'arrêta, et tous poussèrent un soupir de soulagement. Nous étions vivants, et le miracle annoncé par les enfants avait eu lieu. »

 

La promesse de Notre-Dame s'était réalisée à la lettre. Tous avaient vu. Maria Rosa aussi ! Son témoignage fut donc d'autant plus probant que son opposition avait été, depuis le début, tenace et systématique.

 

« Maintenant, déclarait-elle, on ne peut pas ne pas y croire ; car le soleil, personne ne peut y toucher. »

 

Durant les dix minutes où la foule put contempler le grandiose miracle cosmique, les trois voyants jouissaient d'un spectacle différent. La Vierge Marie réalisait pour eux ses promesses du 19 août et du 13 septembre. Il leur fut donné d'admirer, en plein ciel, trois tableaux successifs. Écoutons Lucie :

 

LA VISION DE LA SAINTE FAMILLE

 

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« Notre-Dame ayant disparu dans l'immensité du firmament, nous avons vu, à côté du soleil, Saint Joseph avec l'Enfant-Jésus et Notre-Dame vêtue de blanc avec un manteau bleu. Saint Joseph et l'Enfant-Jésus semblaient bénir le monde avec des gestes qu'ils faisaient de la main en forme de croix. »

 

LA VISION DE NOTRE-DAME DES DOULEURS

 

« Peu après, cette Apparition ayant cessé, j'ai vu Notre-Seigneur, et Notre-Dame qui me donnait l'impression d'être Notre-Dame des Douleurs. Notre-Seigneur semblait bénir le monde, de la même manière que Saint Joseph. »

 

LA VISION DE NOTRE-DAME DU MONT-CARMEL

 

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« Cette Apparition disparut, et il me sembla voir encore Notre-Dame sous l'aspect de Notre-Dame du Carmel, parce qu'Elle avait quelque chose qui pendait de sa main. » Ce “ quelque chose ” était le scapulaire.

 

Lorsque le soleil reprit sa place, mais pâle et sans éclat, se produisit un fait inexplicable naturellement. Tous ces gens, qui avaient été trempés par la pluie, se trouvèrent soudain, avec joie et stupéfaction, complètement secs. La Très Sainte Vierge avait ainsi multiplié les merveilles, en Mère attentive et bienfaisante, pour confirmer la vérité des affirmations des enfants.

 

On remarqua aussi avec étonnement et soulagement que, dans la masse des gens qui empruntèrent des moyens de transport si nombreux et si divers, pas un seul accident ne fut à déplorer ni un seul désordre à enregistrer.

 

« Alors, raconte le docteur Carlos Mendès, je pris Lucie dans mes bras pour la porter jusqu'à la route. Ainsi, mon épaule fut la première tribune d'où elle a prêché le message que venait de lui confier Notre-Dame du Rosaire.

 

« Avec un grand enthousiasme et une grande foi, elle criait :

 

– Faites pénitence ! Faites pénitence ! Notre-Dame veut que vous fassiez pénitence. Si vous faites pénitence, la guerre finira... »

 

Faire pénitence, en portugais, équivaut à “ se convertir ”, “ revenir à Dieu ”,“ fuir le péché ”, et non “ faire des pénitences, des mortifications ”.

 

« Elle paraissait inspirée... C'était vraiment impressionnant de l'entendre. Sa voix avait des intonations comme la voix d'un grand prophète. »

 

Aussitôt après le miracle, les témoins harcelèrent de nouveau les voyants d'innombrables questions. Autour d'eux, la foule des curieux était comme une fourmilière.

 

« Un souvenir que j'ai conservé de ce jour, rapporte Lucie, est que j'arrivai à la maison sans mes nattes, qui me tombaient plus bas que la ceinture. Je me rappelle le mécontentement de ma mère quand elle me vit avec encore moins de cheveux que François ! Qui me les a volés ? Je ne sais pas. Dans la foule qui nous serrait, il ne manquait pas de ciseaux ni de voleurs. Mon foulard, lui, aurait pu se perdre facilement, sans qu'il fût volé. Mes tresses avaient été pas mal écourtées les deux derniers mois. Patience ! Rien ne m'appartient. Tout appartient à Dieu. Qu'Il en dispose donc comme il Lui plaît ! »

 

Une telle presse autour des trois petits et cette avalanche de questions avaient commencé dès le matin et n'avaient pas cessé depuis, sans leur laisser le moindre instant de répit. Ils passèrent ensemble l'après-midi de cette journée, mais la multitude cherchait à les voir et à les observer, comme s'ils étaient des bêtes curieuses. Le soir, ils étaient épuisés.

 

« Plusieurs personnes qui n'avaient pu m'interroger, dit Lucie, restèrent jusqu'au lendemain à attendre leur tour. Quelques-uns voulurent encore me parler à la veillée. Mais moi, vaincue par la fatigue, je me laissai tomber sur le plancher pour dormir. » (...)

 

Extraits de Francisco et Jacinta, si petits et si grands !,

Sœur Françoise de la Sainte Colombe, p. 265-276